Voici tout de même un résumé des conférences auxquelles j’ai assisté le 16 mars :

  1. Accessibility Challenges of HTML5
  2. Building IT Accessibility Awareness and Community Using the Barcamp/Unconference Format
  3. Role-Based Inclusive Design Practices for Web Teams
  4. Distance Education and Accessibility in the Age of the Internet

1. Accessibility Challenges of HTML5

Diapos : http://www.slideshare.net/7mary4/html5-accessibility-csun-2011

Ted Drake (@ted_drake) de Yahoo ! Accessibility Labs (@yahooaccess) lançait le bal avec une conférence sur les principaux défis d’accessibilité inhérents à la nouvelle mouture du langage HTML actuellement en développement au W3C et au WHAT-WG. En tant que membre du HTML5 Working Group et surtout de la HTML5 Accessibility TaskForce, j’avais déjà une assez bonne idée des problématiques d’accessibilité liées au développement de HTML5, mais j’étais curieux d’aller voir quels seraient les éléments soulevés par Ted selon la perspective de Yahoo !.

Ted Drake explique d’entrée de jeu que l’évolution des pratiques de développement Web ont entrainé de nombreux problèmes d’utilisabilité et d’accessibilité avec les années, au point ou il était devenu nécessaire de développer une nouvelle version du langage HTML. La réalité est bien plus complexe et surtout, bien plus politique, mais son analyse préliminaire établissant HTML5 comme la conséquence d’une prise de conscience face à la nécessité de construire un langage plus accessible m’a bien plu.

Après avoir brièvement défini ce qu’est et n’est pas HTML5 et avoir reconnu que Yahoo ! hésite encore à recourir aux éléments HTML de structure comme <header>, <footer>, <section>, <aside> et les autres (compte tenu de leur clientèle toujours captive sous Internet Explorer 6), Ted aborde les principaux problèmes du moment : amélioration du support des éléments <video> et <audio>, nouvelles capacités des formulaires, sémantique HTML, outils JavaScript, WAI-aria, etc.

Selon son analyse, les problèmes d’accessibilité les plus préoccupants de HTML5 aujourd’hui se rapportent principalement à :

  • <canvas> (ne devrait pas être utilisé pour présenter du contneu informatif, car le contenu qui y est intégré n’est pas récupérée par les outils d’adaptation)
  • Sous-titrage vidéo (aucune entente n’est encore convenue sur les formats entre les navigateurs et le tout n’est pas encore implémenté proprement)
  • Attribut longdesc (retiré de HTML5 pour l’instant, et destiné à être remplacé imparfaitement par aria-describedby)
  • En-têtes de section et nouveau retraçage HTML (outline), qui vient perturber les habitudes de navigation des utilisateurs de lecteurs d’écrans
  • Support intégré des comportements automatiques (démarrage automatique de la vidéo et zone active automatique des champs de formulaires)
  • Etc.

Ted conclue sa présentation en incitant les participants à expérimenter avec HTML5 en combinant les propriétés de wai-aria avec les nouveaux éléments HTML, tout en développant une habitude systématique : tester, tester, tester nos implémentations dans nos sites Web, car il est fort probable que le support de HTML5 sera toujours au mieux limité dans les vieilles versions des outils d’adaptation. Tout à fait d’accord !

2. Building IT Accessibility Awareness and Community Using the Barcamp/Unconference Format

Diapos : http://www.accessibilitycamp.org/csun/11/index.html

Animé par Jennison Asuncion (@jennison), James Patrick Timony (@patricktimony) et John F. Croston III (@jfc3), trois précurseurs en la matière, cette conférence tombait à pic puisque nous engageons nous-mêmes ces jours-ci les préparatifs de a11yMTL, qui se déroulera le 26 août prochain à Montréal.

Un habitué du genre (nous en avons quand même plus que notre lot de BarCamps au Québec), je ne peux pas dire que j’ai appris grand chose sur l’organisation de tels événements, mais c’était très intéressant de voir la philosophie qui s’en dégage. Les trois conférenciers venaient partager avec nous leur expérience lors de la mise en place du tout premier événement de ce genre il y a un peu plus de deux ans et demi, à Washington DC, aux États-Unis.

Dans la plus pure tradition des BarCamps, ceux-ci ont fait la promotion d’une structure d’événement très légère et ouverte, qui prône la création spontanée de contenus générés par les utilisateurs, le recours aux servcies publics offerts aux citoyens, telles les universités et les bibliothèques et qui encourage l’utilisation des médias sociaux pour promouvoir le tout.

Quelques bons conseils à retenir si vous considérez organiser un BarCamp accessible :

  • Privilégier un espace public gratuit, tel que bibliothèque, université ou espace de co-working,
  • Développer une présence Web forte : listes de discussion, réseaux sociaux, groupes d’utilisateurs, etc.,
  • Faire mousser l’intérêt en annonçant à l’avance la disponibilité éventuelle de billets,
  • Recourir à des services comme Lanyrd ou LinkedIn qui, bien qu’imparfaits, sont plus accessibles que la moyenne,
  • Prendre contact avec différents groupes du milieu associatif des personnes handicapées pour se faire proposer des endroits accessibles,
  • S’enquérir des besoins particuliers des participants, afin de prévoir les accommodements nécéssaires (et les budgets correspondants).

La recette magique pour un événement réussi avec un minimum de préparation consiste à inviter les participants à se présenter, en identifiant les sujets qui les intéressent le plus en début de journée. Laisser le groupe déterminer démocratiquement les sujets les plus populaires (prévoir tout de même un plan B, au cas où peu de gens seraient intéressés à présenter). Un événement peu structuré présente l’avantage considérable de proposer des sujets très près des intérêts des participants.

Loin d’être une perte de temps, cette conférence a permit de remettre en cause plusieurs aspects de l’organisation de a11yMTL, juste en temps pour la préparation de la prochaine édition. Reste à voir quelle forme prendra notre événement cet été !

3. Role-Based Inclusive Design Practices for Web Teams

Diapos : À venir.

La troisième conférence de la journée était définitivement celle qui m’intéressait le plus du tout CSUN. Premièrement, parce que le sujet m’interpelle au plus haut point puisque j’y ai moi-même dédié une bonne partie de mes efforts de la dernière année, mais aussi parce que j’allais présenter le lendemain même une conférence traitant à peu près du même sujet. J’étais donc bien curieux de savoir ce que Lisa Herrod (@scenariogirl) avait à en dire !

Son travail des dernières années l’ayant amenée à se questionner sur les raisons motivant les difficultés des organisations à réussir leur démarche de mise en accessibilité de leurs sites Web, elle venait présenter les résultats de sa recherche sur les raisons pour lesquelles les équipes Web échouent presque systématiquement à intégrer l’accessibilité dans leur pratique de développement Web. Selon elle, la difficulté à intégrer l’accessibilité repose sur six problèmes fondamentaux :

  1. L’expertise repose généralement sur les épaules des spécialistes en accessibilité et des développeurs Web front-end (côté-client) uniquement,
  2. La compréhension des règles d’accessibilité est inégale dans l’équipe de production (les règles ne sont pas implantées ou évaluées par les bons experts au moment opportun, créant un goulot d’étranglement),
  3. Les évaluations d’accessibilité et les corrections qui en découlent coûtent très cher à une organisation qui ne possède pas la compétence (plusieurs préfèrent donc fermer les yeux et ne pas évaluer du tout),
  4. Pas suffisamment de collaboration et de communication entre les différents spécialistes, ce qui cause des lacunes importantes au niveau de l’accessibilité,
  5. Trop de temps passé sur les problèmes de conformité à l’accessibilité, et pas assez de temps passé sur la recherche de l’expérience utilisateur optimale,
  6. La consultation des documents normatifs est des plus arides, ce qui rend l’expérience des standards désagréable pour la plupart des intervenants.

Lisa affirme qu’une répartition des responsabilités en fonction des rôles occupés par les experts dans une chaîne de production Web favorise une meilleure appropriation des critères d’accessibilité. Par conséquent, de meilleurs résultats au final pour les organisations qui souhaitent se prévaloir de sites Web accessibles. Elle définit les rôles génériques d’une chaîne de production Web autour des expertises suivantes : production de contenus, design graphique, développement côté-client, programmation, multimédia, expérience utilisateur et spécialiste en accessibilité.

En guise de solution, elle propose de bâtir des gabarits génériques qui pourraient servir de guides de meilleures pratiques et ainsi, aider chacun à réussir l’accessibilité à son niveau. La répartition des règles d’accessibilité à travers la chaîne de production Web permettant les bénéfices suivants :

  • Chaque intervenant devient responsable des règles d’accessibilité en lien avec son domaine d’expertise, ce qui défait naturellement le goulot d’étranglement,
  • Le travail et les évaluations sont mieux répartis parmi les membres de l’équipe possédant la meileure expertise pour s’acquitter de chaque aspect à traiter,
  • Moins de temps et d’argent investis sur des évaluations d’accessibilité et les corrections de code qui s’ensuivent,
  • Une appropriation de l’accessibilité en améliorant les réflexes de collaboration entre les membres de l’équipe de production,
  • Des budgets auparavant attribués à des corrections d’accessibilité peuvent alors être utilisés pour conduire des tests et favoriser l’expérience utilisateur,
  • Améliore grandement l’efficacité de la chaîne de production Web, augmentant du coup les chances que chaque expert non-technique s’approprie aussi les règles d’accessibilité.

Lisa conclut sa présentation en soulignant qu’une telle appropriation par les membres d’une équipe de production entraîne également un bénéfice collatéral important pour les organisations : quand l’accessibilité intègre la culture de développement d’une équipe, l’accessibilité devient partie intégrante de la méthodologie de l’organisation, réduisant considérablement les risques de voir sa compétence disparaître avec le roulement du personnel... Une des raisons principales nous ayant mené à développer notre programme de certification des compétences en accessibilité du Web !

4. Distance Education and Accessibility in the Age of the Internet

Diapos : À venir.

Contrairement aux universités québécoises, la plupart des grandes universités américaines prennent le dossier de l’acessibiilité du Web très au sérieux. Avec 10 % de la clientèle étudiante aux prises avec une situation de handicap, ces institutions ont compris qu’au-delà du devoir moral d’être inclusif, les universités ont tout intérêt à bien servir l’ensemble de leur clientèle. Si le handicap vend mal l’accessibilité, le Web mobile est une réalité de plus en plus présente dans les salles de cours et sur les plateformes de formation à distance. Les problèmes rencontrés par les étudiants handicapés et ceux utilisant de plus en plus massivement les plateformes mobiles pour accéder aux contenus de formation étant assez similaires, le paradigme de la mobilité ouvre toutes grandes les portes de l’accessiblité du Web au domaine de l’éducation post-secondaire.

Dans cette dernière conférence de la journée, Jayme Jonhson, du High Tech Center Training Unit (HTCTU), vient présenter les résultats d’un travail de longue haleine pour définir les règles d’accessibilité des contenus de formation à distance (Distance Education Access Guidelines) du HTCTU. Il s’agit d’un document normatif permettant à la fois de circonscrire les meilleures pratiques pour assurer l’accessibilité des contenus aux étudiants handicapés tout en proposant des pistes pour développer une stratégie d’inclusion dans la production de ressources d’enseignement et d’apprentissage. Basé sur les standards internationnaux du W3C (WCAG 2.0), ces règles d’accessibilité présentent les différents principes fondateurs de l’accessiblité du Web et contextualisent le tout avec les différentes lois et législations en vigueur en Californie.

Le document identifie les problèmes les plus fréquemment rencontrés par les étudiants handicapés sur les sites Web de formation à distance des collèges et des universités californiennes. Il s’agit principalement d’obstacles rencontrés à la consultation de contenus textuels, d’images, d’audio, de vidéo et de contenus « complexes », c’est-à-dire des contenus qui contiennent plusieurs types de médias simultanément ou qui permettent une forme d’interaction avec l’utilisateur. Pour le conférencier, un contenu de formation à distance accessible doit impérativement respecter un certain nombre de règles.

Les pages Web doivent :

  • être compatibles avec les principaux outils d’adaptation informatiques,
  • comporter des en-têtes de section, codées de la façon appropriée en HTML,
  • décrire en texte tous les contenus non-textuels présentés,
  • proposer des hyperliens permettant d’en comprendre la destination hors-contexte,
  • recourir à la couleur appuyée de texte lorsqu’une iconographie ou un symbole est utilisé,
  • permettre une navigation complète uniquement à l’aide du clavier.

Ne se limitant pas à identifier les problèmes récurrents en matière d’acessibilité dans un contexte d’éducation à distance, le conférencier poursuit en proposant les grandes lignes d’une stratégie pour « institutionnaliser l’accessibilité »... une idée qui pourrait très bien faire son chemin dans les universités québécoises, si un porteur émergeait au Québec dans les prochains mois (le GTN-Québec, grâce à ses liens dans les sphères collégiales et universitaires, pourrait très possiblement incarner ce porteur). La stratégie vise à sensibiliser les directions des institutions d’enseignement et repose sur les éléments suivants :

  • Définir un plan d’action, une approche systématique,
  • Infiltrer les politiques de conseils d’administration,
  • Attribuer les ressources technologiques et humaines nécessaires,
  • Assurer le soutien administratif des établissements d’enseignements,
  • Obtenir un réel engagement des parties impliquées.

En établissant une stratégie basée sur l’intention d’inclusion, il devient possible de faciliter la production de ressources d’enseignement et d’apprentissage accessibles aux étudiants handicapés, mais aussi à ceus qui s’éloignent du modèle traditionnel de l’ordinateur fixe, avec des résultats positifs très concrets. Une telle ouverture est-elle seulement possible au Québec ?