J’ignore si vous êtes comme moi, mais il m’arrive régulièrement d’imaginer comment serait ma vie si je perdais la vue. Travailler en accessibilité du Web et côtoyer régulièrement des personnes handicapées visuelles influence certainement ces préoccupations. La vision est un sens que l’on prend généralement pour acquis et on ne se questionne que très rarement sur la manière dont on réagirait si, du jour au lendemain, on en perdait l’usage.
Pour ma part, je ne compte plus le nombre de fois où, en me déplaçant du point A au point B, je me suis surpris à fermer les yeux, juste pour voir combien de pas j’oserai faire avant de les ouvrir à nouveau : sur le trottoir, dans un couloir, dans un parc, sur un quai de métro, etc. Quand je suis seul, bien entendu. J’ai un peu de fierté quand même.
Je dépasse rarement 10, je dois l’avouer. Et encore, sur les quelques derniers, j’ai tendance à tricher malgré moi, stressé à l’idée de me cogner la tête sur quelque chose, de trébucher ou pire, de mettre le pied dans quelque chose de regrettable. Même si 10 pas plus tôt, au moment de fermer les yeux, j’avais bien pris le temps d’analyser qu’aucun « danger » ne se pointait à l’horizon.
Qui sait : s’il m’arrivait de dévier d’un axe de 36 degrés à chaque pas posé, j’aurais rapidement fait un tour complet sur moi-même sans m’en rendre compte...
Certains diront que j’ai une faiblesse au niveau du système vestibulaire ou de la proprioception, d’autres que j’ai probablement besoin de me trouver un vrai hobby. Qu’on se le dise, tous auront probablement raison.
Quoi qu’il en soit, si je vous partage cette anecdote, c’est que pour les personnes handicapées visuelles, mon petit passe-temps est une réalité quotidienne qui est probablement assez difficile à porter dans bien des situations. Certes, on s’habitue aux chiens-guides, à la canne blanche et on développe des réflexes de compensation, mais il y a tout de même des circonstances où connaître l’environnement dans lequel on s’engage est souhaitable pour éviter de se perdre ou pire, de mettre sa vie en danger. Le métro de Montréal est un de ces endroits : longs escaliers qui n’en finissent plus, rames de métro à accès direct, etc.
C’est pourquoi je tiens à saluer une initiative tout à fait remarquable de la Société de transport de Montréal (STM) et de l’Institut Nazareth et Louis-Braille (INLB) qui, de concert, ont lancé la semaine dernière un projet de « cartes tactiles des stations du métro de Montréal destinées à la clientèle non voyante. Unique au monde, cet outil de réadaptation permet aux usagers ayant une déficience visuelle de se créer une représentation géospatiale de l’environnement, des obstacles et des points de repère, augmentant ainsi considérablement leur autonomie lors de leurs déplacements ».
En quelque sorte, une initiative comme celle là me fait beaucoup penser aux fameuses politiques d’accessibilité qu’on voit généralement apparaître sur les sites Web ayant fait l’effort d’une mise en accessibilité de leurs contenus. Destinées à prévenir l’utilisateur de ce qu’il l’attend, ces initiatives garantissent une plus grande efficacité et permettent d’évoluer de manière plus assurée dans l’environnment, réduisant du coup les sources d’angoisses pouvant résulter du fait de devoir se déplacer dans un endroit inconnu.
Une initiative des plus remarquables donc qui, je l’espère, en inspirera plusieurs.
Pour en savoir plus sur ce beau projet, consultez le communiqué de presse diffusé la semaine dernière sur Groupe CNW.

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