Nous ne le dirons jamais assez : bien que la nouvelle mouture des Web Content Accessibility Guidelines (WCAG) n’invalide en rien les efforts ayant pu être apportés à un projet Web avec les points de contrôle de la version précédente (les deux standards pouvant cohabiter tout aussi bien que le font HTML et XHTML depuis des années par exemple), il y a tout de même certains éléments qui pourraient vous inciter à privilégier WCAG 2.0 plutôt que WCAG 1.0 pour l’avenir.

L’accès à l’information sur le Web pour les personnes handicapées et les populations vieillissantes s’est considérablement complexifié au cours des dernières années, notamment à cause de :

  • la montée en flèche des applications internet riches, et
  • le fait qu’il n’existait dans WCAG 1.0 aucun mécanisme permettant de circonscrire, dans une perspective de pratiques exemplaires, le développement de ce nouveau type d’applications.

Le Web, en passant du simple état de séries linéaires de fichiers hyperliés à un réseau éclaté de documents et de technologies propriétaires telles que AJAX, Flash, PDF, Silverlight et autres, a atteint un niveau de complexité qui résulte en autant de barrières insurmontables pour un trop grand nombre d’utilisateurs aujourd’hui. Avec les conséquences désastreuses que l’on connait sur la capacité à utiliser le Web, ou pire encore, le droit des individus à exercer leur propre citoyenneté par le biais d’Internet.

Au delà du simple fait que la nouvelle mouture de WCAG est évidemment plus récente que la précédente (quelle surprise !), je vois au moins six raisons pour lesquelles WCAG 2.0 est un standard qui s’avère plus intéressant que son prédécesseur :

  1. Puisque WCAG 2.0 a été développé de manière à accomoder également les technologies débordant du cadre d’appartenance du W3C et que les techniques qui accompagnent le standard ont été pensées de manière à être le plus évolutives possibles, nous sommes en droit de nous attendre à une série de recommandations capables d’évoluer en fonction des procaines réalités technologiques, ce qui était loin d’être le cas avec WCAG 1.0. Qui plus est, la version 2.0 du standard est accompagnée de la suite WAI-ARIA (WAI-ARIA Web Accessibility Initiative - Accessible Rich Internet Application), dont l’objectif est justement de permettre la mise en accessibilité des applications internet riches, un problème actuel criant pour lequel WCAG 1.0 offre peu ou pas de solutions.
  2. WCAG 2.0 offre des améliorations significatives intéressantes pour répondre à plusieurs inconforts ou lacunes de la version précédente : il encadre plus adéquatement l’implémentation de l’accessibilité pour les développeurs de sites et d’applications Web, il apporte des solutions concrètes aux problèmes rencontrés quotidiennement par les utilisateurs sur le Web, etc. En un mot, WCAG 2.0 rencontre avec brio ses objectifs initiaux qui étaient d’être applicable aux technologies plus récentes et d’être testable de manière plus précise (avec une batterie de tests automatiques et d’évaluations faites par des experts certifiés), en plus d’être plus simple de compréhension et d’appropriation pour tout le monde.
  3. WCAG 2.0 est un standard conçu de manière à assurer une stabilité, à être largement applicable à un ensemble non-limité de technologies et à être complémenté par des ressources destinées à en rendre l’appropriation plus aisée à l’aide de documentation, d’explications et d’exemples détaillés. Comme ces documents de support seront régulièrement mis à jour de manière à pouvoir y intégrer de nouvelles techniques, technologies ou pratiques exemplaires et que le standard ne se limite pas à un ensemble de technologies prédéfinies, il y a tout lieu de croire que les risques de perte de pertinence en cours de route sont beaucoup plus minces que ne le furent celles de WCAG 1.0.
  4. Chacune des 60 directives (critères de succès) de WCAG 2.0 est accompagnée d’exemples d’implémentation réels tirés de l’expérience de centaines de développeurs dans des contextes de projets réels. Puisque la récolte de cette expérience d’implémentation fait dorénavant partie intégrante du processus de normalisation du W3C, ces informations constituent une base documentaire inestimable pour quiconque veut apprendre comment à intégrer tel ou tel critère de succès à son projet.
  5. Les développeurs et les concepteurs découvriront une version de WCAG plus souple et plus permissive que la version précédente. À titre d’exemple, non seulement les scripts ne sont pas interdits d’utilisation, mais les documents normatifs présentent même des techniques les utilisant pour augmenter le degré d’accessibilité d’un projet. Dans le même ordre d’idées, plutôt que de décourager le recours à Flash ou interdire les mouvements continus comme c’était le cas dans WCAG 1.0, la nouvelle mouture propose plutôt des mécanismes permettant à l’internaute d’en déterminer lui-même le rythme, la fréquence ou l’utilisation.
  6. Finalement, WCAG 2.0 définit plus clairement les besoins d’adaptation des utilisateurs, ce qui entraîne inévitablement des bénéfices collatéraux intéressants pour tous les utilisateurs, incluant les populations vieillissantes et les utilisateurs peu familiers avec l’utilisation des technologies informatiques. Pensons simplement aux recommandations permettant une prise de conscience plus intuitive des messages d’erreurs lors de la saisie d’information dans les formulaires. Les conseils techniques proposés sont accompagnés de suggestions qui contribuent fortement à une meilleure prise en charge des besoins des utilisateurs, notamment ceux aux prises avec des limitations cognitives ou intellectuelles (ce qui s’est toujours avéré somme une faiblesse dans WCAG 1.0).

Je vous invite donc à vous familiariser avec ce nouveau standard et à l’intégrer le plus rapidement possible dans votre propre démarche Web et ce, pour le plus grand bénéfice de tous les internautes qui visiteront vos sites Web. Et si vous êtes de ceux qui possédiez déjà un site Web accessible, le passage vers WCAG 2.0 risque de s’avérer très simple puisque les deux standards reposent sur les mêmes bases.