Alt ou longdesc ?
Nous avons appris que le texte de remplacement d’un alt doit être court et concis alors que celui d’une longue description peut être aussi long que nécessaire. Pendant longtemps les experts internationaux de l’accessibilité ont même discuté de la longueur maximale que devrait avoir la valeur d’un alt .
Cette discussion a donné lieu à toutes sortes d’opinions basées sur des raisons diverses dont la longueur d’un écran braille ou de deux écrans braille, soit 40 ou 80 caractères. Les plus généreux ont avancé le chiffre de 150 caractères peut-être basé sur la capacité d’affichage d’une infobulle dans un navigateur. Je ne sais ce que c’était à l’époque, mais dans IE 7, la longueur est de 512 caractères.
Pourtant, le texte contenu dans l’attribut alt est lu en synthèse vocale ou en braille comme s’il s’agissait de véritable texte. Il est simplement précédé de la mention « graphique » donnée par le lecteur d’écran et il n’y a malheureusement aucune indication de sa fin, ce qui fait qu’il s’enchaîne tout simplement avec le texte qui suit. C’est pourquoi il est d’ailleurs recommandé de terminer le contenu d’un alt par un point final qui forcera une pause en mode de la lecture continue.
Un écran braille affiche une seule ligne de caractères d’une longueur variable selon le type d’afficheur, typiquement entre 20 et 80 caractères avec un grand nombre d’afficheurs de 32 ou 40 caractêres. Ce type d’écran comporte des touches qui permettent de se déplacer d’une plage vers l’avant ou d’une plage vers l’arrière. Il ne viendrait donc à l’idée de personne de limiter la longueur de tous les paragraphes entre 20 et 80 caractères sous prétexte qu’il s’agit de la limite d’affichage d’un écran braille. Alors, pourquoi le ferait-on pour le contenu d’un alt si celui- ci s’enchaîne sans interruption avec le texte qui suit ?
Les WCAG 2.0 prévoient deux techniques suffisantes pour une longue description :
- G74 : Fournir une longue description dans le texte près du contenu non textuel avec une référence à l’emplacement de cette longue description dans la description courte
- G73 : Fournir une longue description dans un autre emplacement avec un lien y pointant qui est immédiatement adjacent au contenu non textuel
Une longue description peut donc être insérée de différentes manières :
- dans le texte près de l’image avec référence dans le alt de celle-ci ou
- dans une autre page avec un lien sur l’image elle-même, avec l’attribut longdesc ou avec un lien adjacent à l’image.
Mais, si on peut insérer le texte de la longue description dans la même page, que ce texte soit visible ou non, n’est-il pas plus simple de le mettre dans le alt lui-même ?
Outre la longueur de la description, qu’est-ce qui doit guider notre choix entre utiliser le alt ou une autre technique prévue pour une longue description ?
Je soumets l’idée suivante : ce qui distingue essentiellement le alt d’une longue description tient à la nature de cette description et à la possibilité qu’elle tienne en un seul paragraphe. En effet, si la description de l’image peut être présentée sous la forme d’un paragraphe unique, quelle que soit sa longueur, il peut très bien être inséré dans le alt lui-même.
Toutefois une longue description peut nécessiter une autre forme de présentation, par exemple un tableau de données pour décrire un histogramme ou un texte hiérarchisé avec des en-têtes de section pour décrire un organigramme. Dans de telles situations, une longue description s’impose.
Pour faciliter la maintenance et l’impression ou l’exportation d’une page Web, cette longue description a avantage à être insérée dans la même page que le contenu non textuel qu’elle décrit. Cela peut très bien se faire en plaçant cette longue description en note de bas de page visible pour tous ou hors écran afin de n’être visible que pour les lecteurs d’écran et pour les utilisateurs qui désactivent la feuille de styles.
L’utilisation de l’attribut longdesc est toujours possible et parfaitement fonctionnelle pour les utilisateurs d’un lecteur d’écran. Toutefois, cette description sera inaccessible pour tous les autres utilisateurs à qui elle pourrait aussi être utile.
Prenons par exemple le cas d’une capture d’écran comme celles que j’ai utilisées dans l’article sur L’accessibilité dans Office 2010. Plusieurs de ces captures d’écran permettent non seulement de visualiser l’interface de l’application mais aussi de lire le texte d’explication fourni à l’utilisateur du vérificateur d’accessibilité. Si ce texte contenu dans l’image n’est pas redonné sous la forme d’un texte de remplacement, l’utilisateur d’un lecteur d’écran subira une perte importante de contenu par rapport à un utilisateur voyant. Toutefois, tout ce contenu peut très bien être redonné sous la forme d’un paragraphe unique et j’ai donc choisi de l’insérer dans le alt . Cet élargissement des notions apprises de longue date dans WCAG 1.0 à propos du alt et du longdesc est probablement un effet secondaire de mes travaux sur l’accessibilité des PDF.
Dans Acrobat, en effet, il est difficile d’ajouter un lien vers une ressource externe présentant une longue description. De plus, il ne semble y avoir aucune limite à la longueur d’un texte de remplacement. On peut même y insérer une simili structure en y insérant des lignes vides. En format PDF, il est donc beaucoup plus facile d’utiliser un texte de remplacement que d’utiliser une longue description liée à l’image.
Cette distinction entre texte de remplacement et longue description sera aussi utile dans un contexte d’implémentation des techniques WAI-ARIA, HTML5 ou Flash et probablement pour toute technologie qui n’est pas du HTML tel que nous le connaissons aujourd’hui.
Vous pouvez être d’accord ou non avec le contenu de cet article, car j’y sort quelque peu des sentiers battus. Rien ne vous empêche donc de tenir une position plus classique. Toutefois, et jusqu’à preuve du contraire, la distinction que je propose ne crée aucun problème d’accessibilité de point de vue de l’utilisateur et lui facilite même l’accès à l’information puisque celle-ci lui est proposée juste au bon moment et qu’il n’a pas à se déplacer ailleurs pour l’atteindre.

Commentaires
samedi 13 février 2010 à 08:47, par Bixten
samedi 13 février 2010 à 13:36, par Gilles Chagnon
lundi 15 février 2010 à 07:57, par Pascal
lundi 15 février 2010 à 10:32, par Jean-Marie D’Amour
lundi 15 février 2010 à 11:49, par Samuel Sirois
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