Mais attention, cela ne signifie pas qu’il faille en abuser pour autant ! Les standards n’imposent peut-être pas de limite de caractères, mais les bonnes pratiques ont tout de même tendance à avancer qu’il est préférable d’user de modération quant vient le temps de définir le libellé d’un lien hypertexte. En effet, vous trouverez aisément des ressources sur le Web qui avancent que :

« L’intitulé d’un lien hypertexte doit être clairement compréhensible. Il contraint un maximum de 80 caractères, accent et espace comptant chacun pour un caractère. Au delà de 80 caractères, le temps de découverte d’une page deviendrait rapidement très long, notamment pour des internautes utilisant des afficheurs "braille". »

Il faut comprendre que les utilisateurs d’outils d’adaptation comme les lecteurs d’écran ou les afficheurs braille utiliseront différents moyens pour extraire la liste des hyperliens d’une page et les consulter hors de leur contexte. Lorsque ces liens sont particulièrement longs, il peut effectivement devenir fastidieux de déterminer où ils nous mèneront. Ceci étant dit, ce problème ne se posera pas uniquement aux personnes handicapées, mais sera susceptible d’affecter tout type d’utilisateur, indépendamment du fait qu’il ait ou non des limitations fonctionnelles.

Dans ces circonstances, on peut donc très difficilement identifier ces « problèmes » comme des problèmes d’accessibilité. À mon humble avis, au mieux, nous sommes ici en face de problèmes qui relèvent beaucoup plus de la pratique d’utilisabilité que de celle de l’accessibilité.

Imaginons l’exemple suivant :

Dans le secteur de la construction, vous pouvez aussi demander une ordonnance de sauvegarde jusqu’à ce qu’une décision de la Commission des relations du travail intervienne sur :

  • la révision d’une ordonnance de suspension des travaux suite au dépôt d’un grief dans un contexte de négociation de convention collective (hyperlien vers la fiche 13 construction) ;
  • la révision d’une ordonnance de fermeture, d’évacuation ou de démolition d’un bâtiment ou d’un équipement destiné à l’usage du public (hyperlien vers l’article 164.1 de la Loi sur le bâtiment) ;
  • une ordonnance de suspension de l’exécution d’une décision de la Régie de bâtiment (hyperlien vers la fiche 8 construction).

Où tous les contenus surlignés en jaune (tout ce qui n’est pas entre parenthèses pour annoncer les liens en fait) seraient des hyperliens. Cela nous donnerait les trois hyperliens suivants :

Comme nous l’avons vu dans l’explication précédente, de tels hyperliens ne posent pas de problèmes du point de vue de l’accessibilité, même s’ils comptent respectivement 139, 135 et 83 caractères. Certes, ils pourraient être plus courts, mais comme ils sont parfaitement descriptifs des contenus qu’ils proposent, ils seraient plutôt considérés comme de bons exemples d’hyperliens !

Cependant, même si ces hyperliens ne posent pas de problèmes particuliers en terme d’accessibilité, ils pourraient à tout le moins causer un malaise du point de vue visuel car ainsi soulignés, pourraient être jugés comme désagréables, compte tenu de la charge visuelle supplémentaires qu’entraînerait leur soulignement dans le design.... Ce qui amène l’épineuse question du soulignement des hyperliens.

Les hyperliens devraient-ils toujours être soulignés ?

Sous la Règle 2.4 Navigable de WCAG 2.0 (fournir à l’utilisateur des éléments d’orientation pour naviguer, trouver le contenu et se situer dans le site), on retrouve le critère de succès 2.4.9 Fonction du lien (lien uniquement) qui avance que :

« un mécanisme permet de déterminer la fonction de chaque lien par le texte du lien uniquement, sauf si la fonction du lien est ambiguë pour tout utilisateur (niveau AAA). »

La technique G91 (Providing link text that describes the purpose of a link), encadre la pratique voulant que le libellé hypertexte soit descriptif, mais rien n’est dit sur la longueur de l’hyperlien ou l’obligation éventuelle de le souligner.

De son côté, SGQRI 008-01 n’est guère plus directif et se contente simplement d’imposer qu’un élément de navigation ne fasse pas appel à une seule perception sensorielle :

« Article 17(a) : Toute page Web doit être présentée en offrant un texte ou une image avec un texte de remplacement pour tout contenu faisant appel à une perception sensorielle pour communiquer une information, indiquer une action, solliciter une réponse ou distinguer un élément visuel. »

Selon ce raisonnement, un hyperlien dont le seul trait distinctif serait qui serait d’être présenté d’une couleur différente du texte qui l’entoure serait donc fautif, car la capacité de percevoir cette couleur pourrait possiblement faire défaut à certains utilisateurs (daltoniens, faiblesse de la vue, etc.) qui échouerait alors à identifier l’hyperlien comme un mécanisme de navigation.

Le même lien accompagné d’un soulignement, d’un traitement visuel particulier (gras, italique, etc.) ou encore d’une icône règlerait ce problème. Comme la notion d’élément de navigation ne reposerait plus uniquement sur la capacité de l’utilisateur à percevoir une couleur - ou un contraste de couleur - les utilisateurs ayant besoin d’une indication supplémentaire pour pallier à une limitation la retrouverait dans le second niveau de traitement visuel accordé à l’hyperlien.

Contrairement aux contenus complémentaires que l’on retrouve généralement dans l’en-tête des pages, dans les colonnes de gauche ou de droite ou dans le pied de page (où il est généralement plus facile d’appuyer les hyperliens avec un traitement graphique particulier), les contenus principaux de page sont plus difficilement gérables avec des icônes ou un traitement visuel particulier. Le soulignement n’est donc pas la seule option à portée de main, mais à défaut de pouvoir faire appel à sur une seule perception sensorielle de l’utilisateur, c’est souvent la plus intéressante des options pour baliser du contenu texte cliquable dans de telles sections.

C’est donc dire que le soulignement des hyperliens n’est pas du tout prescriptif, mais lorsqu’on y recourt, il importe de bien peser le pour et le contre en définissant les libellés des hyperliens, afin d’atteindre un bon équilibre entre une surcharge de soulignement et des libellés trop peu significatifs.