À pareille date l’année dernière, AccessibilitéWeb soulignait la Journée internationale des personnes handicapées en rendant publique une vaste étude portant sur l’accessibilité des 200 sites Web les plus populaires auprès des Québécois francophones. Cette étude, menée sur une période de six semaines, avait démontré hors de tout doutes que le Web consommé par les citoyens et citoyennes du Québec présentait toujours un lourd problème d’inclusion sociale pour les personnes handicapées.

En effet, du lot, à peine 15 % des sites évalués répondaient aux conditions minimales d’accessibilité et très peu offraient un niveau d’adaptabilité approprié à la réalité des personnes handicapées sur le Web. Bien que la catégorie des sites des Administrations publiques contribuaient grandement à rehausser les résultats pour l’ensemble des sites évalués (toutes catégories confondues), les résultats avaient réellement de quoi décevoir.

Un an plus tard, la situation ne semble guère s’être améliorée, au contraire. À preuve, la moyenne obtenue par les sites Web dans nos plus récentes études :

  • Triennale 2007 : catégorie Administrations publiques : 7,34 sur 10
  • Fédérales 2008 : principaux partis politiques fédéraux : 6,47 sur 10
  • Québec 2008 : principaux partis politiques, Québec : 6,25 sur 10

Quand on sait que la conformité à un standard est un concept binaire et qu’une seule erreur peut faire la différence entre un site utilisable ou non, on comprend mieux pourquoi des notes situées entre 6,25 et 7,34 se qualifient seulement comme faibles ou bonnes (par opposition à très bonnes, excellentes ou mieux encore, conformes).

Est-ce à dire que l’accessibilité recule au Canada et au Québec ? Bien sûr que non. Des standards existent au Fédéral ou sont en voie d’être adoptés au Québec et de plus en plus de fonctionnaires sont sensibles à cette réalité sur les deux paliers gouvernementaux. Ces échantillons de sites sont beaucoup trop modestes pour prétendre à une quelconque valeur représentative. Cependant, les notes démontrent bien que nous sommes encore loins du jour où nous pourrons enfin observer que nous vivons dans une société où le libre accès à l’information est réellement un droit dont tous peuvent se prévaloir de manière autonome.

Nos récentes études sur l’accessibilité des sites Web des partis politiques aux élections fédérales et provinciales démontrent bien qu’il reste beaucoup à faire pour assurer le plein droit à la participation sociale et à l’exercice citoyen de tous et toutes.

Bien que l’intégration sociale des personnes handicapées soit un combat de tous les jours dont les organismes de personnes handicapées s’acquittent très bien, la Journée internationale des personnes handicapées demeure le moment privilégié pour une organisation comme AccessibilitéWeb de rappeler aux élus qu’ils ont le devoir de s’assurer que personne ne passe entre les mailles du filet social.

En ce sens, et dans le cadre de nos études, nous invitions tous les partis politiques à prendre acte du désolant constat d’échec que présentent leurs sites Web et d’agir en conséquence. À ce jour, des 10 partis politiques, seulement les partis de Québec Solidaire, du Parti Québécois, du Parti Vert du Québec et de l’Action Démocratique ont répondu à l’appel en demandant une copie gratuite de nos recommandations. Pour les autres ? Le silence le plus complet et pas le moindre retour. Pour l’instant du moins. Évidemment, la proposition tient toujours.

Lorsque l’on sait que cela permettrait à ces mêmes formations politiques d’économiser des dizaines de milliers de dollars pour faire connaître leurs projets de société par d’autres canaux, que serait prévoir un 2 à 5 % de budget supplémentaire dans un projet Web pour s’assurer que tous les citoyens et citoyennes puissent en prendre connaissance ? D’appliquer des bonnes pratiques reconnues internationalement dans le développement de leurs plateformes numériques ? D’abandonner les documents PDF pour un format universel comme le HTML ?

Au-delà de la simple méconnaissance de l’accessibilité par les professionnels du Web (qui, d’ailleurs, est de moins en moins défendable), ce sont de véritables considérations face au Web que les partis politiques doivent commencer à mesurer plus sérieusement.

La prochaine évaluation étant prévue pour 2010, nous demeurons confiants quant à la capacité des différents paliers de gouvernements à améliorer la situation. La compétence et les technologies sont disponibles. Des standards internationaux pavent la voie vers l’inclusion. Des gestionnaires visionnaires et responsables pourront faire la différence.