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Quand on pense qu’au Québec, plus de 800 000 personnes se « qualifient » à titre de personnes handicapées et que 35 % de la population est âgée de 45 ans et plus (susceptible donc, d’éprouver des inconforts de lecture ou de compréhension), soudainement, on ne parle plus d’une poignée marginale d’aveugles et de sourds, mais bien de près d’un québécois sur deux qui peut bénéficier directement des apports offerts par l’accessibilité.
Afin de quantifier certains de ces bénéfices, citons des constats issus de la mise en accessibilité du site « Legal and General », leader de services financiers au Royaume-Uni et un des rares cas documenté :
Mais il y a plus encore !
L’information qui suit est librement inspirée de contenus publiés par la Web Accessibility Initiative du W3C (World Wide Web Consortium) dans son Developing a Web Accessibility Business Case for Your Organization : Overview (en anglais).
C’est bien connu, le principal bénéfice social qu’entraîne l’accessibilité du Web, c’est le caractère d’inclusion numérique de la population, indépendamment des contextes de limitations fonctionnelles, d’utilisation des technologies ou de besoins particuliers d’adaptation.
Au Québec, selon une étude publiée en 2006 par Statistiques Canada, tout types de handicaps confondus, les personnes handicapées comptaient pour 800 000 personnes (soit 10,4 % de la population).
Bien que l’accessibilité serve principalement et directement les personnes vivant avec un ou plusieurs handicaps, d’autres groupes très hétérogènes bénéficient également de l’accessibilité d’un site Web et ce, de manière directe ou indirecte :
Pris individuellement, ces groupes sont loin d’être marginaux. Une fois réunis, il y a fort à parier que ceux-ci consitituent même une majorité de la population québécoise pour qui l’accessibilité peut améliorer les conditions de vie et les opportunités de participation citoyenne.
D’après une étude publiée en 2006 par Statistiques Canada, le Québec compte plus de 45 % de sa population dans la tranche démographique des 45 ans et plus. Si les effets du vieillissement sont plutôt limités sur ce groupe démographique, ils deviennent de plus en plus marquants sur le groupe démographique des 65 ans et plus qui, d’après le plus récent document sur les Données sociales du Québec édition 2009 (PDF, 1,2Mo) de l’Institut de la statistique du Québec, constituait 14,4 % de la population en 2007. Le phénomène du viellissement de la population était ce qu’il est, cette tendance laisse entrevoir un taux d’accroissement de 15,7 % prévu pour 2011 et même jusqu’à 28 % par 2056.
En plus des personnes vieillissantes qui bénéficient directement de l’accessibilité au même titre que les personnes handicapées, le Québec compte 48,6 % de sa population qui n’a pas un niveau de compétence suffisant en compréhension de textes suivis.
De plus, selon l’édition 2009 de NeTendances, le Québec compte également près de 10 % de la population branchée à Internet qui n’a pas accès à une connexion haute vitesse. Ces utilisateurs sont donc susceptibles d’éprouver des problèmes d’accès à des contenus lorsque ceux-ci s’avèrent trop exigeants en terme de bande passante.
L’accessibilité numérique aide concrètement à la réduction de la fracture numérique. Elle permet l’inclusion sociale de toute la population québécoise, nonobstant le handicap, le niveau de scolarité, l’âge, la santé, le revenu annuel, l’aisance face aux technologies ou les appareils utilisés par les individus pour naviguer sur le Web.
Outre le bénéfice d’accès à l’information pour des clientèles qui en sont généralement potentiellement exclues, l’accessibilité du Web offre une multitude de bénéfices collatéraux. Le World Wide Web Consortium (W3C), dans sa publication Developing a Web Accessibility Business Case for Your Organization par S.L. Henry et A.M.J. Arch, éditeurs pour le W3C (MIT, ERCIM, Keio) de juin 2009 propose de regrouper ces bénéfices collatéraux en quatre grand groupes :
Veiller à l’inclusion de l’ensemble de la population et ce, sans discrimination à l’égard des capacités, des besoins d’adaptation, de la santé, du revenu annuel, du niveau de scolarité et de l’origine ethnique et linguistique des individus.
Les bénéfices techniques de l’accessibilité sont nombreux et couvrent tous les aspects du développement Web en intégrant des bonnes pratiques qui viennent soit alléger les impacts sur les infrastructures technologiques ou les utilisateurs, soit optimiser la production de contenus Web, soit encadrer le travail des webmestres qui ont à mettre en place les exigences énoncées dans les standards.
Certains outils peuvent grandement contribuer à corriger des anomalies syntaxiques à l’intérieur des pages web. Ces anomalies (ou erreurs) introduisent souvent des problématiques d’interopérabilité entre les différents navigateurs Web ou autres agents utilisateurs, comme les outils d’adaptation utilisés par les personnes handicapées.
L’utilisation d’outils tels que les validateurs HTML du W3C ou les outils de validation de l’accessibilité ne peuvent faire tout le travail à la place du webmestre, mais permettent cependant de réduire le temps d’intégration de manière significative puisqu’il devient alors plus aisé d’identifier et corriger les problèmes de compatibilité, lorsqu’ils sont rencontrés. De plus, la pratique d’accessibilité encourage l’adoption de bonnes pratiques de développement Web qui, allant dans le sens des standards ouverts, favorisent la pérennité des contenus, l’optimisation des infrastructures technologiques et la compatibilité avec les outils spéciaux utilisés par les utilisateurs ayant des incapacités fonctionnelles.
L’utilisation des feuilles de styles en cascade (CSS) est une bonne pratique recommandée par les critères de succès pour l’application des recommandations sur l’accessibilité du W3C (WCAG2). La séparation entre le contenu et sa présentation permet de corriger ou modifier l’apparence de l’ensemble des pages Web en un seul endroit – à l’intérieur de la feuille de styles – sans avoir à modifier une à une les pages du site Web.
Intégrer une pratique de séparation nette entre la structure et le présentation des documents n’aide pas seulement les utilisateurs ayant des besoins particuliers, elle aide aussi les développeurs qui peuvent dès lors travailler en parrallèle sur les mêmes pages Web sans se marcher sur les pieds. Finalement, adopter des pratiques basées sur les standards ouverts comme l’accessibilité assure également une facilité accrue de récupération des contenus lorsque le projet passe de mains en mains dans une équipe Web.
Regrouper l’ensemble des règles de présentation en un seul endroit – à l’intérieur des feuilles de styles en cascade – permet de télécharger une seule fois par session de navigation les règles de présentation contrairement au téléchargement obligatoire des mêmes règles de présentation à chaque page lorsqu’elles sont incluses directement à l’intérieur de la page HTML.
Les gains sur l’utilisation de la bande passante sont importants et se situent généralement entre 15 % et 30 % et peuvent même atteindre 55 % dans certaines situations, ce qui aura des conséquences positives directes sur les coûts liés à l’utilisation de la bande passante, sur l’entreposage des données sur les serveurs, sur les temps d’attente des utilisateurs lors du chargement d’une page et sur les quotas de consommation de bande passante en contexte de mobilité.
Plusieurs facteurs liés à l’accessibilité amènent une augmentation du trafic et des parts de marché potentielles sur les sites Web conformes aux exigences d’accessibilité.
L’accessibilité du Web favorise la simplicité efficace et intelligente. Puisque l’accessibilité simplifie l’utilisation d’un site Web pour l’ensemble des utilisateurs, ceux-ci seront plus naturellement portés à utiliser un site Web accessible. Il en résultera une diminution des charges portées vers d’autres canaux plus traditionnels de communication, tels que le service à la clientèle ou d’autres approches par définition plus coûteuses.
Le Web laisse le soin l’utilisateur le soin de choisir le moment qui lui est le plus propice pour effectuer ses transactions. L’accessibilité offre encore plus de liberté en permettant à ces utilisateurs de choisir la technologie avec laquelle ils souhaitent naviguer sur le Web : portables, téléphones intelligents, iPad, lecteurs d’écran, etc.
Un site Web accessible est un site Web à même de livrer le message de communication à l’ensemble des utilisateurs qui y accèdent. Ainsi, on obtient un meilleur retour sur investissement pour chaque nouvelle publication accessible mise en place puisque plus de personnes seront en mesure d’accéder et de comprendre ce message.
L’optimisation pour les moteurs de recherche (SEO) permet de mieux positionner un site Web et donc de rejoindre un maximum de clients ou d’utilisateurs potentiels. L’optimisation pour les moteurs de recherche est déjà amorcée lorsque le développement d’un site Web est réalisé de façon accessible.
Pensons simplement aux textes alternatifs nécessaires aux images et contenus multimédias que les moteurs de recherches pourront comprendre et indexer. Certain moteurs de recherches accordent même plus de poids aux contenus présents à l’intérieur de certaines balises comme les balises d’en-têtes de sections. L’utilisation des balises d’en-têtes étant nécessaire à une intégration accessible, c’est donc un exemple très concret de gain automatique pour le site Web et ce, sans efforts supplémentaires.
Les bénéfices légaux et politiques sont encore une fois nombreux : amélioration de la condition des citoyennes et citoyens du Québec et proposition d’un modèle de société inclusive où chacun peut participer à la hauteur de ses ambitions sont à eux seuls des éléments favorables d’un point de vue politique.
Au-delà de la volonté de l’Administration publique de proposer un encadrement efficace et cohérent de la diffusion de l’information gouvernementale et de faire preuve de leadership et de vision en matière de communications interactives et d’inclusion numérique, le Gouvernement du Québec a tout à gagner à assurer des contenus accessibles sur le Web. Le standard du gouvernement du Québec est à nos portes (SGQRI 008) L’accessibilité permet aux différentes organisations de profiter d’une image de citoyen corporatif positive et responsable, mais permet également d’éviter bien des tracas légaux.
Les ministères et organismes publics ont toujours eu le devoir moral de publier une information accessible à tous, mais avec l’arrivée des standards gouvernementaux québécois sur les ressources informationnelles en matière d’accessibilité des contenus Web pour les personnes handicapées (SGQRI 008) et l’atteinte d’un statut de pratiques recommandées du Bureau de la dirigeante principale de l’information, ce devoir devient une réelle obligation dont il faut tenir compte.
À travers l’ensemble des pays industrialisés, depuis 2000, on ne compte plus le nombre de poursuites judiciaires contre les sites Web non accessibles, sur la base d’une atteinte aux droits individuels défendus par la Charte des Droits et Libertés. Les États-Unis sont bien sûr en tête de ce triste constat, mais un peu partout dans le monde (Royaume-Uni, Australie, France, etc.), on observe une tendance à déposer des poursuites légales contre les organisations qui, par la manière dont est construit leur site Web, stigmatisent une partie de la population. Le Canada a déjà emboîté le pas : à quand une même initiative pour le Québec ?
Bien que ce ne soit pas dans la culture québécoise de traîner son prochain en justice, les leviers législatifs sont tout de même déjà en place : la Charte des Droits et Libertés, la Convention des Nations-Unies relative aux droits des personnes handicapées, les politiques de l’OPHQ et les standards d’accessibilité eux-mêmes ne sont que quelques-uns des documents légaux qui pourraient être évoqués pour porter plainte contre un site Web gouvernemental dont le contenu serait « réservé » aux utilisateurs sans handicaps.
Il y a un grand avantage à adopter rapidement l’accessibilité du Web dans les bonnes pratiques de développement pour bénéficier d’une image positive et aisi, éviter de se voir un jour propulsé à l’avant-scène dans une affaire légale ou des regroupements de citoyens décideraient de se prévaloir de leurs droits d’accès à l’information en entamant un processus légal de poursuite contre une organisation qui diffuserait une information non-accessible.
...la triennale 2007 d’AccessibilitéWeb révélait que seulement 15 % des sites Web offraient un niveau acceptable d’adaptation aux besoins particuliers des personnes handicapées ?
Accessibilité du Web : Où en sommes-nous en 2008 ?
Conférence présentée le 29 avril 2008 au Centre des congrès de Québec.
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